Kusozu : Art et mort au Japon

Kusozu : Art et mort au Japon


Le Kusozu, ces oeuvres japonaises
représentant des corps en décomposition restent pour beaucoup de gens des énigmes
de l’art. Ces œuvres ont été produites entre le 13e et le 19e siècle et les
premières sont mentionnées à l’écrit en 1223 et nous allons le voir, elles avaient
une fonction particulière auprès des moines bouddhistes. Les Kusozu
sont des oeuvres qui se divisent en neuf saynètes qui représentent toutes une étape
de la décomposition d’un corps. La mort récente, les ballonnements, la rupture,
putréfaction, la consommation par des animaux errants,
la décoloration du corps, la disparition des chaires, la fragmentation des os et
enfin la disparition du corps ou la stoupa qui est un dôme
funéraire du monde bouddhique. Tout cela fait partie de ce que l’on
appelle la décomposition et la taphonomie qui permettent de comprendre
les phénomènes naturels qui ont laissé des traces sur le squelette. Ces ouvres
en couleurs font partie de l’iconographie bouddhique et ont pour but
de montrer la vacuité de la vie humaine à l’image des représentations autour de
la vanité que l’on retrouve dans l’art en général.
Les corps sont féminins et apparemment il n’y a jamais
d’hommes quiont figuré sur ce type d’oeuvre. On reconnaît la défunte dans
son vêtement blanc de funérailles on a évidemment des évolutions dans ce type
d’œuvres. Certaine avec un fond élaboré et d’autre sans fond particulier pour se
concentrer uniquement sur le cadavre. On peut avoir parfois dix saynètes dont
une qui montre la femme en vie en début de tableau. C’est très variable.
Ces images ont pour but de mener à la contemplation et à la réflexion.
Pourquoi des femmes ? Et bien d’après les travaux de Wilson dans les années 90 il
n’est pas exclu que la sécrétion de fluides de la part des femmes en
contexte sexuel mais aussi de façon naturelle lors de la décomposition
tout comme les hommes d’ailleurs ait aussi servi de répulsifs par rapport au
corps féminin dans les premier ordre de moines. Images servant aussi à
destination des femmes pour leur faire prendre conscience de leur propre aspect
répulsif en lien avec leur corps Selon les croyances locales de ces époques.
il n’empêche que ces œuvres sont faites pour être
esthétiquement belles malgré leur utilisation.
Ce qui rejoint un autre art japonais la poésie avec laquelle des liens sont
faits de façon assez régulière entre le Kusozu et certains types d’œuvres
écrites. Ces œuvres renvoient encore une fois l’aspect périssables de la femme
qui en début de tableau est belle et en fin de tableau s’avère complètement
horrifique. Car pendant les siècles médiévaux du
Japon la thématique de la prise d’âge et du changement physique qui va avec et
est un thème que l’on retrouvait de temps en temps et ce dès le Xème siècle.
Le fait d’utiliser des images féminines à destination d’hommes en les
représentant d’abord de façon esthétiquement belle et séduisante puis
se décomposant de façon naturelle est un rappel au fait que les choses de la vie
ne sont pas figées et que la beauté fini par disparaître sous les effets de la
vie et de la mort cela permet de détacher les illusions masculine face au
corps féminin. Plutôt efficace imagine car la décomposition ce n’est pas beau
mais ce n’est pas beau sur un homme non plus. Pour le coup nous sommes tous égaux
Kusozu sont un outil de représentation du corps et de la mort
beaucoup moins poétique qu’ils en ont l’air. Malgré cela, ces illustrations
servent aussi à représenter la vérité derrière la maladie la mort et le post
mortem et ce à propos de tous les humains et pour réfléchir sur le sens ou
non de leur vie. Les Kusozu sont des représentations d’une pensée et de
croyances complexe de recherche de la vérité qui ici se trouve malgré tout
dans un corps féminin. En remettant en contexte ces oeuvres se rapprochent des
représentations féminines en estampe ou encore du côté charnel des Shunga, ces
estampes érotiques japonaise sans faire le parallèle forcément simpliste de
l’Eros et du Thanatos. De nombreux Kusozu ne sont pas connus car ils
sont encore dans des temples. Pas de doute qu’il y a probablement des
œuvres étonnantes à découvrir. je vous remercie de m’avoir écouté et je
vous dis à très bientô !

28 thoughts on “Kusozu : Art et mort au Japon

  1. Je n'avais jamais entendu parler de ce genre d'oeuvres, merci pour cette découverte !

  2. Je trouve cela très joli malgré le contexte morbide. Les Japonais, dans leur culture, ont toujours su lier mort et art avec excellence.

  3. Heureux d'avoir découvert un truc sur le Japon et l'art funéraire, deux de mes centres d'intérêt. Merci !

  4. Les planches du début m'ont fait penser à une étude graphique plus qu'à des œuvres purement artistique. Genre, étude de décomposition, qui me fait penser un peu à "la ferme des corps" ☺️

  5. étonnant! ça me fait penser aux body farms mm si apparemment la finalité est différente

  6. Je ne connaissais absolument pas c'est vraiment intéressant

  7. Vous êtes quelques uns à parler des body farms en commentaires…ça tombe bien, j'ai fait un épisode dessus 😀 https://www.youtube.com/watch?v=EAK-WiB5Yi4

  8. pareil que Constance,jamais entendu parler,merci à toi,Amitié

  9. Très bonne vidéo comme toujours avec le Bizarreum 😉

  10. Très bon épisode comme toujours

    Vous y parlez de tradition japonaise, parlerez vous un jour du rite funéraire japonais illustré dans le film Departure/Okuribito (dans son titre originl) primé du meilleur film étranger aux oscars 2008?

    Votre voix parait plus grave que d'habitude, vous êtes peut être malade. Prenez soin de vous dans ce cas et merci beaucoup malgré la maladie de continuer à faire de nouvelle vidéo.

    Mille merci

  11. Merci pour cette découverte !
    Les représentations sont bizarrement belles et horrifiques à la fois, sentiment très étrange

  12. Décidément on apprend tous les jours.
    Merci pour cette excellente vidéo.

  13. Comme toujours, très instructif et sujet dont on parle rarement même dans les livres 📚 d’histoire, merci 👌c’est toujours intéressant de mêler la science et les estampes 😉

  14. J'ignorais tout a fait l'existence du Kusozu. merci

  15. Bravo pour cette vidéo et pour la chaîne au global. Un sujet pas facile mais superbement traité et surtout riche en découverte. Merci! 👍

  16. C'est en même temps assez beau et vraiment flippant mais en tout cas très intéressante

  17. Magnifique très poétique malgré la thématique ( telle une fleur un jour nous serons fané) 🙂 je l'ajoute à ma playlist

  18. Le Bouddha cite le cas d'un boucher qui découpe et énumère les morceaux qu'il obtient, puis Il conclut qu'un corps humain pourrait se prêter à ce démontage. d'où la nature transitoire de notre existence.
    Absorbé par la lecture des sûtras j'ai mis de côté l'art et votre vidéo m'apporte un complément indéniable. Je ne saurai dire pourquoi les femmes sont représentées et non les hommes donc je souscris à votre supposition que les femmes représentent par excellence la beauté humaine fragile et superficielle.
    Une fille ne devrait jamais perdre son innocence, une femme devrait garder éternellement sa beauté, une mère ne devrait jamais mourir.

  19. En même temps à notre époque nous sommes plus qu’habitués à la décomposition, film de zombie, de guerres etc…
    Mais pour cette époque cela pouvais être intéressant que de pourvoir dévoiler cette aspect de l’existence.

  20. bon travail 😉

  21. Waouh ! J'adore apprendre encore et encore des choses nouvelles. Avec ta chaîne, je suis gâtée ! Merci 🤗

  22. Toujours un plaisir renouvelé de découvrir ce que vous nous présenté !!! Continué votre beau travail !!

  23. Ben voilà je ne connaissais pas

  24. C'était intéressant mais peut-être pas la meilleure vidéo à regarder en mangeant

  25. Je ne connaissais pas, passionnant !

  26. Waouh, étonnant ! Je ne connaissais pas du tout.. Merci !

  27. Mes leçons de japonais datent ; le temps passe si vite, en effet ><… mais, je me rappelle, que le professeur de japonais m'avait dit ; que les anciens japonais ne savais pas que faire des corps des morts/cadavres.

    Ils les laissaient simplement dans un endroit (en enlevant les vêtements ; puisque les vêtements étaient chers, en ce temps).

    Le bouddhisme a été bien accueilli au Japon ; car, il s'occupait des morts ; donnait une solution à la mort…

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